Je suis Nadège, maman bénévole à Cœur d’école durant l’année 2018-2019. Porteuse d’un projet d’école sur ma commune, j’ai proposé d’être présente en classe 2 jours par semaine pour aider Marianne auprès des plus jeunes en début d’année. J’ai eu donc la chance de vivre les débuts de Cœur d’école !!
Cela fait un moment que j’avais très envie d’écrire et de partager sur le quotidien de l’école, afin de permettre à tous, parents, curieux, d’imaginer un peu mieux ce qui se vit de l’intérieur !
Difficile de pouvoir prétendre avec justesse décrire tout ce qui s’y passe car il s’en passe des choses ! Chaque jour est différent, même si l’enchaînement des différents temps est presque le même …
Cet article est une tentative d’illustrer ce quotidien et reprend des bribes de notes de mon carnet, depuis la rentrée de septembre. Des bribes de journées, de moment, d’atmosphère …

L’arrivée des enfants

A mon arrivée, vers 9h30, des joyeux bonjours se font entendre de ci de là, des câlins avec les plus jeunes, souvent les enfants sont en train de jouer dans la cour ou dans la salle d’activité… Les premiers enfants sont arrivés à 8h30.

Je feuillette le dernier journal qui paraît tous les jeudis et je file chercher 1 euro pour le mettre dans la boîte à sous. Un enfant est déjà en train de rédiger son prochain article sur l’ordinateur ! Il me commente son précédent article fièrement !

Un enfant demande à Marianne s’il peut choisir la musique qui signale le démarrage proche de la réunion. Sur un air des Beatles, tous les enfants viennent s’assoir gaiement dans la salle habituelle et un enfant va choisir sa responsabilité à l’aide d’une épingle, à placer sur la carte de son choix. Il amène l’épingle suivante à celui dont le nom est inscrit dessus et ainsi de suite. Lorsque la musique s’arrête, les enfants sont tous assis et celui qui a choisi la responsabilité « meneur de réunion » démarre : « La réunion commence ! »

La réunion

Marianne reprend son cahier de note et fait quelques petits rappels : ce qui devait être fait et qui ne l’a pas été, comme répondre au courrier d’un parent… et les dernières décisions prises lors de la dernière réunion : « On ne peut plus dessiner sur le tableau … »

E. reprend la main : « On dit comment on se sent » et c’est parti pour un tour de parole où chacun dit comment il arrive : « ce matin, je me suis mal réveillé mais ça va mieux », « je suis heureux de retrouver mes amis », « mon grand-père s’est cassé le col du fémur au ski, alors ce matin, je suis un
peu triste »…

Les propositions

« On passe aux propositions ! »

Z. démarre : « C’est gênant de voir des enfants qui font autre chose que d’écouter pendant la réunion, les quelques-uns qui lisent ou qui dessinent ne sont pas vraiment concentrés sur ce qui se dit. Parfois on doit même répéter ! Peut-on chercher une solution ? »

Quelques personnes font le signe avec les mains qui signifient qu’ils sont d’accord avec lui. Cela permet de sentir que c’est aussi l’avis d’une petite majorité

Certains enfants donnent leur opinion : « on devrait interdire de lire et dessiner ! »

« Moi je suis pas d’accord, j’ai besoin de tenir quelque chose entre les mains pour me concentrer, mais j’écoute quand même ! »

« Quand on lit, on ne peut pas écouter, c’est impossible ! »

« Je pense que pour les petits, on pourrait leur autoriser à lire ou dessiner car elles ne sont pas en capacité de suivre la réunion qui est trop longue pour elles ». Les plus jeunes sont depuis le début de l’année autorisés à quitter la réunion dès qu’elles ont envie, et aller dans la salle d’activité.

Z. reprend la main : « Voici ma proposition : il est possible de dessiner pour tous pendant la réunion. Et pour les petits, il est possible de lire et dessiner en restant calme. On fait un tour de table pour savoir si tout le monde est d’accord.

Pas d’objections, tout le monde est d’accord, la proposition est donc adoptée ! Elle est notée dans la liste des nouvelles règles, affichée sur la porte.

La proposition suivante est amenée par Marianne : « je propose que l’on fasse un moment calme de 15 minutes pendant lequel on pourrait : soit rédiger les courriers qu’on oublie de rédiger : réponses au courrier des parents, etc, soit réaliser les tâches qu’on s’est engagé à faire comme par exemple contacter la piscine, organiser la sortie scolaire, etc, soit lire. On ne pourrait pas faire autre chose que ces 3 choses-là. Qu’en dites-vous ? »

E., 4 ans, a une objection, elle n’est pas d’accord. Elle argumente et donc la solution n’est pas adoptée. Marianne et E. vont devoir se retrouver afin d’en discuter et trouver une solution. Marianne pourra ensuite refaire sa proposition à nouveau

Un enfant propose de faire une vidéo pour l’anniversaire d’un copain de l’école qui a déménagé au Gabon, ce qui est accepté.

A., 3 ans, propose une sortie à la piscine. Un tour de table, aucune objection et c’est adopté à l’unanimité avec enthousiasme

Les « quoi de neuf ?

Le meneur de réunion reprend la main : « On passe aux quoi de neuf ! ».

C’est l’occasion pour les enfants de présenter des objets venant de chez eux ou de parler de ce qu’ils ont envie de parler qui s’est déroulé en dehors du temps scolaire (voyage, etc).

Z. souhaite informer les enfants sur les tremblements de terre et tsunami ayant eu lieu au Japon et expliquent les actions une association « Solidarité Japon » et propose de faire une minute de silence, ce qui est fait.

L., 5 ans, présente ce matin des plumes de diverses couleurs. A la fin de sa présentation, il demande « Question/remarques ? ». Quelques enfants lèvent la main et posent des questions…

G. raconte enfin son séjour au ski, l’occasion d’en savoir plus sur le système de médailles (ourson, flocon, étoile)

En début d’année, A., 3 ans et demi, avait présenté une carte postale provenant du Portugal, l’occasion de parler de ce pays ; cela avait donné envie aux grands de préparer un exposé sur le Portugal.

M., 10 ans, amène des pierres précieuses à l’école, cela donne envie à L., 6 ans, de faire un atelier de mesure pour savoir combien elles pèsent

C’est l’un des intérêts du “quoi de neuf” : donner l’impulsion pour démarrer des projets de recherche, d’approfondissement.

Le courrier

Puis le meneur de réunion va voir la boîte aux lettres. Il y a du courrier ! Un parent propose aux enfants de venir faire un atelier musique, la sœur d’une élève a écrit un mot pour féliciter les enfants à propos du journal de la classe et bien sur, il y a le traditionnel « Petit Quotidien », journal que les enfants reçoivent chaque matin dans la boîte aux lettres, grâce à la maman d’un élève qui le donne à la classe !

La parole est donnée à Marianne pour présenter le déroulement de la journée.

Les ateliers du matin

Lorsqu’il y a les 3 plus jeunes filles de la classe (lundi et jeudi), la journée démarre par un atelier proposé par Marianne ou un parent bénévole.

Ce matin, un atelier « qui est le plus grand / plus petit ? », lié donc à la notion de mesures mathématiques est proposé par moi même. Les autres enfants feront le journal en autonomie avec Marianne en supervision et d’autres qui ont déjà fini leur article feront une activité autonome.

Les ateliers proposés sont variés : d’un atelier langue des signes, en passant pas de la musique avec découvertes d’instruments, atelier cuisine, peinture, création en pâte à modeler, etc …

La récréation

Ensuite c’est l’heure de la récréation, l’enfant ayant choisi la responsabilité de « maître du temps » sonne la cloche. Les enfants rangent leurs affaires et sortent dehors. Certains continuent assidûment leur activité autonome ou leur article de journal et n’ont pas envie de sortir en récréation sans que
cela ne pose aucun problème.

Beaucoup d’enfants sont autorisés à prendre leur récré quand le besoin s’en fait sentir dans la mesure où ils préviennent Marianne qui leur dira l’heure à laquelle ils doivent revenir en classe, le critère d’autorisation étant le fait d’être capable de rentrer à la fin des 20 minutes autorisés sans
avoir besoin de rappel. Les autres la prennent tous en même temps.

Après la récré, un atelier peinture est proposé par Marianne. En début d’année, ce temps collectif était parfois consacré à des jeux tous ensemble type « Jacques a dit », « le téléphone arabe » ou des lectures. D’autres fois, Sophie, la directrice de l’école anime des ateliers de connaissance de soi, méditation, gestion des émotions…


Le déjeuner

A midi 30, il est temps de prendre le repas. Chacun s’installe où il veut, dedans, dehors selon le temps et les envies … L’organisation s’est affinée au fil du temps, grâce aux propositions ajustées par les enfants : tables par tables, ils vont faire chauffer leur repas un après l’autre dans une certaine
fluidité désormais

Les plus jeunes demandent de l’aide aux plus grands si besoin pour ouvrir leur boîte hermétique.

Après le repas, tout le monde est dehors, à jouer tranquillement jusqu’à 14h.

Gestion d’un conflit

Ce midi, un conflit éclate entre L. et C. L’un a poussé l’autre, qui est tombé et s’est fait mal et pleure. Ils sont invités à respirer une ou 2 fois et à s’asseoir pour se parler : « Qu’est ce qu’il s’est passé pour toi L. ? Pour toi C.? ». Ils racontent leur version. « Il m’a poussé et puis je suis tombé, ça m’a fait mal. » « Quand tu m’as tiré par le bras, ça m’a mis en colère et du coup je t’ai poussé. Pardon je voulais pas te faire mal, je voulais juste que tu arrêtes de me tirer le bras, j’aime pas du tout ça.»

Cela permet déjà de mieux se comprendre. « Comment tu t’es senti quand C. t’a fait cela ? Et toi ? Et comment tu te sens maintenant que tu sais ? ».
L. : « Triste car j’ai mal ! ».
C. : « En colère quand il m’a tiré le bras et triste maintenant qu’il a mal à cause de moi. Je suis désolé L. »
Cela permet également de se responsabiliser. « De quoi as-tu besoin maintenant ? As-tu quelque chose à demander à L. et inversement ? ».
« Je voudrais qu’il ne me tire plus le bras. » « Ok »
« Je voudrais qu’il ne me pousse plus. » « Ok »
« Comment tu pourrais faire autrement que de pousser L. pour qu’il arrête de te tirer le bras ? »
« Lui dire que j’aime pas et lui demander d’arrêter ?» « Oui ou aller voir un adulte si tu ne t’en sors pas car pousser quelqu’un est interdit dans l’école car cela peut faire mal.

Les 2 copains commencent alors une discussion sur un autre sujet car tout a été exprimé et le calme est revenu très vite. Magique …

La gestion des conflits et des limites se passe par la voie du dialogue au “je” : rappel des faits, expression des ressentis et besoins, demande et/ou réflexion commune sur des solutions créatives à imaginer ensemble. Cette manière de communiquer, dépourvue de jugement, comparaison, instaure un climat de sécurité, de respect, d’amour et de confiance mutuelle qui permet aux enfants de se sentir libres d’être pleinement eux-même. Ils prennent confiance en eux, développent leur conscience et compréhension des besoins de chacun et du groupe.

Avant même que le maître du temps sonne la cloche, tous les enfants sont déjà presque rentrés.

Les présentations

Voici venu le temps des présentations. D’abord le journal « Le Petit Quotidien » par M. qui était volontaire ce matin pour le présenter et s’y est donc préparé : les articles principaux en résumé, les devinettes, l’histoire du jour ; l’occasion de montrer un pays sur la carte, deviner sa capitale …

E. , 4 ans, qui était en train de dessiner, réagit à l’article sur les orangs-outans. En même temps, L., 5 ans, feuillète un livre.

« Questions/remarques ? », demande M. Quelques enfants le félicitent pour sa clarté : « ça se voit que tu as bien préparé », « c’était un peu long », « c’était intéressant avec même une touche d’humour que j’ai bien aimée … Merci ! ».

J. (7 ans) et A. (3 ans) présentent, toutes fières, leur livret de chiffres créé avec du sable collé, elles expliquent aux autres comment elles s’y sont pris. L. et O. présentent ensuite un bateau spatial devenu un vaisseau spatial créé en lego. « G. nous a aidé pour faire la symétrie. » L’habituelle question s’en suit : « Des questions ou des remarques ? »

« Il est très bien au niveau de la décoration. J’aime bien. »
« Est-ce que c’est un vaisseau qui reste dans l’atmosphère ? »
« J’ai peur que votre vaisseau n’aille pas très loin car il prend l’air sur les côtés, au niveau des portes… »

Les présentations sont ainsi une occasion de partage de savoirs et savoirs faire entre les enfants. Les remarques ou questions permettent à l’enfant qui présente de faire évoluer son point de vue, de l’enrichir au contact de celui des autres, de prendre confiance, de se sentir valorisé, compétent, de prendre des idées pour améliorer son travail pour la prochaine fois.

Les présentations sont terminées. On passe aux ateliers !

Les ateliers de l’après-midi

Le maître de réunion décrit les diverses propositions d’ateliers et note les inscriptions des enfants sur le tableau dédié. Z. (13 ans) reprend avec A. (3 ans et demi) et lui explique avec plus de précisions les contenus d’ateliers.

Le maître de réunion décrit les diverses propositions d’ateliers et note les inscriptions des enfants sur le tableau dédié. Z. (13 ans) reprend avec A. (3 ans et demi) et lui explique avec plus de précisions les contenus d’ateliers.

E. utilise son « joker » : elle note au tableau la date dans 15 jours à partir de laquelle elle sera autorisée de nouveau à l’utiliser. Elle a ainsi le droit de ne pas participer à un atelier et de faire une activité autonome.

En début d’année, une petite vidéo courte d’un enfant vivant dans un autre pays, un débat philo était parfois proposée en début d’après-midi, donnant lieu à de riches échanges.

Les ateliers proposés par les enfants ou par Marianne (ou un bénévole) sont variés : souvent du dessin (de nombreux enfants de cette classe adorent le dessin et sont très doués), karaté, petites voitures, peinture, perles, fabrication de jeu de société avec les devinettes des journaux «Le Petit Quotidien », histoire, jardin en permaculture avec Luc une fois tous les 15 jours, etc. Les lundis, c’est théâtre ou expression corporelle pour tout le monde avec Sophie et Muriel. Une sortie en garrigue est effectuée très régulièrement, où des jeux collectifs sont souvent proposés.

La fin de journée

Les carnets de bord

Après la récré, on passe aux carnets de bord : chaque soir, chaque enfant note sur son carnet ce qui lui a plu dans sa journée, il la raconte à sa façon, l’illustre s’il le souhaite… L’occasion d’écrire, d’apprendre le vocabulaire, la grammaire, l’orthographe … et de se souvenir ! Les plus jeunes dessinent et dictent à Marianne ce qu’il souhaite écrire. Les autres font corriger leur texte à Marianne.

Les responsabilités

Puis les enfants font leur responsabilité : nettoyage des couverts, passage de l’aspirateur, rangement de la bibliothèque, donner à manger au lapin et à la tortue, etc …

Les brigades de la joie

On se regroupe pour les brigades de la joie et la météo du cœur. Les enfants ont inventé ce terme pour pouvoir exprimer leur reconnaissance envers un ou plusieurs enfants lui ayant fait du bien au cours de la journée ou ayant fait du bien à quelqu’un : « Brigade de la joie à tous les petits, car ils étaient trop mignons tout à l’heure » « Brigade de la joie à Z. car il m’a aidé à écrire mon article » « Brigade de la joie à C. qui a fait un super atelier qui m’a mis de la joie dans le coeur » etc, etc …

Les enfants sont en général très heureux de recevoir des brigades, on sent qu’ils rayonnent de joie !

La météo du cœur

C’est le moment de la météo du cœur : « 1, 2, 3…. » Chacun dit comment il se sent en cette fin de journée avec un signe symbolisant : arc en ciel, soleil, nuage, pluie ou éclair. Le soleil domine les cœurs aujourd’hui, comme souvent ! « J’ai mis 300 arcs-en-ciel car j’ai passé une super bonne journée, c’est la meilleure journée depuis que je suis dans cette école (bon comme je dis souvent hein…) ! » ; certains enfants vont dans les détails : « Je n’ai pas trop aimé cette fin de journée car il y a eu trop de bruit et là j’ai mal à la tête.»

Il est 16h30. Certains parents arrivent déjà, une maman vient faire la garderie jusqu’à 17H30.

Le maître de réunion déclare : « J’annonce la journée d’école terminée ! A demain ! »

Les enfants finissent la journée d’école dans le calme avec le jeu du “maître du temps”, dont le principe est le suivant : on compte jusqu’à 30 dans sa tête les yeux fermés. Celui qui lève la main en même temps que le chronomètre, à 30 secondes précisément, est le maître du temps !